Les lavandières


BRUITS DE LAVOIRS


Vous souvenez-vous du temps passé où Mazangé retentissait du bavardage des lavoirs ?
Les témoignages de certains habitants nous font revivre cette époque.
Sur notre commune existaient plusieurs lavoirs : La Chalopinière, Vauracon, Vauchalupeau, La Fontaine.
Ils étaient fréquentés par des laveuses qui entretenaient le linge de la famille et d’autres dites professionnelles » rémunérées (en 1920 par exemple, le salaire journalier était de 2,50 à 3 francs, repas du midi compris, alors que la livre de beurre était environ de 3,60 francs).


Imaginons ce que pouvait être une journée au lavoir de La Fontaine :
« Les laveuses arrivent du bourg ou descendent de la campagne éloignée avec la brouette ou la charrette
parfois tirée par un chien. Tout y est : le tréteau, la boîte à laver, le battoir, la brosse en chiendent, le savon de Marseille, en hiver la bouillotte …, sans oublier la bassine contenant le linge.
La veille, celui-ci est trempé, bouilli dans une chaudière ou une lessiveuse avec des cristaux de soude ou de la lessive qui sent la violette.
A cette époque, on ne parle pas de pollution : l’eau de source est claire, toujours à la même température. En hiver avec le contraste de l’air froid, on la voit même fumer.
Le lundi et le mardi sont jours de lessive, le lavoir contient jusqu’à 30 laveuses.
Les professionnelles ont leur emplacement (près de la source), les autres s’installent à la suite.
Avant que le lavoir ne soit couvert, les laveuses pour se protéger des intempéries ou du soleil, emportent un grand parapluie bleu qu’elles fixent sur le côté de leur boîte.
La construction de l’abri en 1938-39 est considérée comme un progrès.
Le lavoir s’anime : le claquement des battoirs, le clapotis de l’eau, le frottement des brosses et le bavardage des laveuses… -les nouvelles du pays s’échangent, bonnes ou mauvaises… c’est radio-Mazangé qui parle !-
Parmi ce brouhaha des enfants jouent, crient, mais attention ! ils n’ont pas intérêt à faire leur loi sous le bâtiment.
Cela n’empêche pas des incidents : des enfants qui tombent à l’eau, une ligne à pêcher mal contrôlée dont l’hameçon s’accroche à la lèvre de la petite soeur… Grâce à cette animation, la tâche paraît moins pénible.
Agenouillées dans la boîte à laver pour se protéger de l’eau et sur des coussins, chiffons ou paille pour préserver leurs genoux, les laveuses savonnent le linge, le brossent et le rincent à l’eau claire, le tapent, le tordent, ceci à plusieurs reprises jusqu’à disparition de toute trace de lessive.
Parfois le savon échappe ! Il est rattrapé à l’aide d’une poêle munie d’un long manche. Enfin le linge est posé sur le tréteau afin qu’il s’égoutte.
Des visages nous reviennent : Manda et ses grands jupons noirs protégés d’un sarrau (longue blouse)…, Marie …, Léontine…, Valentine …, Thérèse…, Juliette…, et bien d’autres.
La tâche bien accomplie, le dos courbé, la « pinçonnée » aux doigts (onglée), nos laveuses repartent fatiguées mais contentes d’avoir appris les nouvelles du pays.
Les brouettes à roue de bois, chargées de linge propre, repartent une à une. Merci à Black, Pierrot ou Médor, ces braves chiens qui aident à tirer la charrette pour monter la côte.
Il ne reste plus qu’à faire sécher le linge sur le fil, la haie ou sur l’herbe. »

Avec l’arrivée de l’eau courante, de l’électricité, les familles se sont équipées de lave-linge : la lessive est devenue une tâche facile, presque automatique … même pour le séchage. Nostalgie, nostalgie quand tu nous tiens … on reparle encore de ce temps passé où les lavoirs étaient un lieu de rencontres hebdomadaires et plein de vie.

Article paru sur le Flash Info n°17 (juin 2006)

Carte postale présentant des lavandières au travail sur le lavoir du Gué-du-Loir


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Dernière mise à jour le 09/05/2013
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