Le fort aux anglais


La guerre de Cent Ans couvre une période de cent seize ans (de 1337 à 1453) pendant laquelle s’affrontent sur le sol français deux dynasties, les Plantagenêts et la Maison capétienne de Valois, lors de nombreux conflits, entrecoupés de trêves plus ou moins longues.
Bien qu'aucune bataille d'importance n'ait eu lieu après 1453, la guerre de Cent Ans ne se termine officiellement qu'avec la signature du traité de Picquigny par Louis XI de France et Édouard IV d'Angleterre en 1475. (Source Wikipedia)

Parmi ces affrontements, l'un d'eux se tint au Gué du Loir en 1421. Le Fort dont il est question est encore en partie visible de nos jours (propriété privée) cependant la partie située au-dessus de la vallée du Boulon a totalement disparu : "Le 12 mars 1823 la muraille et une partie du rocher sur lequel elle était construite s’écroulèrent avec un grand fracas"(G. Launay). Il reste un ensemble de galeries situées sur trois niveaux et dominant la route départementale 5 et le Loir. Il est vrai qu'au Moyen Âge ce promontoire, dont la hauteur totale avoisine vingt-cinq mètres, pouvait être un lieu d'observation idéal et un avant-poste stratégique, non loin des lignes de défense ennemies des rois de France et d'Angleterre. Le Vendômois servait à cette époque de frontières aux possessions anglaises.


Raconté par S. Neilz dans son Histoire de la Condita de Naveil en Vendômois

A quelque distance de Saint-André, sur la même côte, près du hameau du Gué-du-Loir, un autre lieu, le Fort, possède encore des souvenirs historiques. Les débris qu’on y retrouve appartiennent à cette époque désastreuse où le Vendomois servait de frontière aux possessions anglaises. Ce fort, où casernaient les troupes du roi de France, répondait à l’importance du passage aux confins de deux puissances ennemies qui se faisaient une guerre continuelle.
Ingénieusement creusé dans l’angle d’un rocher à pic qui s’élève à plus de 30 mètres au-dessus du Loir, il dominait tout le val, et défendait le passage du Gué. Au midi, le pied pouvait être baigné par la rivière, et son front, qui surplombait sur les eaux, devenait inaccessible. Au nord la roche se termine brusquement à son sommet, et lui forme une défense naturelle qui en rendait aussi l’accès impossible de ce côté. A l’extérieur de ce redoutable bastion, tous les créneaux et les meurtrières s’ouvraient dans le roc, et il n’existait dans ce travail que quelques faibles partie de maçonnerie. A l’intérieur, les étages se composaient de différentes pièces taillées dans le roc, superposées et communiquant entre elles par des escaliers également ouverts dans le roc. D’autres galeries étroites et sinueuses communiquaient aux différents angles de la montagne, où elles avaient jour par des meurtrières, et pouvaient servir de postes d’observation. D’autres enfin étaient des chemins secrets p ropres à ménager une sortie en cas de surprise ou de retraite. Enfin la disposition de ces travaux était calculée de manière à ce qu’un seul puits percé à l’intérieur puisse alimenter tous les étages.
Ce fort s’était à peu près conservé intact jusqu’en 1823, époque où la base du rocher ayant fléchi, toute la partie saillante qui formait le bastion fut entraînée dans la chute. Cet éboulement mit à découvert un caveau qui renfermait des boulets en fonte de gros calibre. Aujourd’hui il ne reste plus que quelques parties des distributions intérieures ; à l’étage supérieur, de vastes ouvertures sont demeurées béantes au-dessus de l’abîme, et quelques faibles pans de murs entrecoupés de meurtrières sont encore debout. A la base ont été pratiquées des habitations nouvelles.
La construction de ce fort remonte au plus tard à l’année 1420 ou 1421, époque pendant laquelle Charles VII, roi de France, fit tour à tour sa résidence aux châteaux de Vendôme et de Lavardin.
En effet, en 1421, Henri V, roi d’Angleterre, d’intelligence avec le duc de Bourgogne contre le roi de France, après avoir quitté Le Mans, s’était retiré vers Chartres. De là s’étant avancé vers le Vendômois, il se disposait à franchir le Loir au Gué pour s’emparer des châteaux de Vendôme, Lavardin, etc.
Mais les troupes du roi de France qui tenaient le fort se postèrent sur les hauteurs. Cette position, qui nous rappelle le camp de César à Sougé, était excellente. Le plateau qui fait saillie comme un promontoire était défendu au midi par le fort, au levant par la curieuse Butte-de-Boulon, et commandait les vallées au nord et au couchant.
L’avant-garde des Anglais, qui s’était engagée dans l’embouchure de la vallée, attaquée sur son flanc gauche, fut culbutée et massacrée aux abords du gué, dans un lieu désigné par la tradition et que les habitants appellent encore, à cette occasion, Pré des Anglais, et par corruption, Pré d’Anglas. Le gros de l’armée anglaise, commandé par Henri V en personne, remonta alors vers Danzé, pilla et détruisit les importants châteaux du Rouillis et de Rougemont.



Une autre source minore le sort fait aux soldats d'Henri V :

A Vendôme, les gens du dauphin s’avancèrent jusqu’au gué du Loir, attendant l’ennemi de pied ferme. Les Anglais l’emportaient de beaucoup en nombre. Mais la position du terrain leur était désavantageuse. Leurs troupes, d’un autre côté, manquaient de vivres, bien que chaque soldat eût reçu huit mois de solde avant de quitter le rivage britannique. Les deux armées s’observèrent pendant quelques jours ; puis les Anglais, n’osant attaquer l’ennemi, décampèrent.



H. Mésange dans son ouvrage "Troglo et perreyeux en vallée du Loir" observe :

Il reste encore des vestiges d'escaliers intérieurs et de passerelles. Dans une salle troglodyte, il y a encore un poste d'observation avec meurtrière et un siège ménagé à même la roche pour les gardes. D'autres ouvertures en forme de meurtrières existent encore dans cette ensemble...Citons encore cette étroite galerie située au troisième étage, que l'on atteint avec une petite échelle et qui permettait en cas de danger (ou de repli stratégique) de déboucher sur le plateau au sommet du coteau. Une seconde galerie de ce type existe encore à l'opposé de la première. Ces échappatoires ont une largeur ne dépassant pas l'encombrement d'un homme. Un puits, percé à l'intérieur du fort, permettait d'alimenter en eau tous les étages.



Le fort et les caves alentours ont servi de refuge à la population pendant les combats de la guerre de 1870.

Pour en savoir plus, parcourez la passionnante chronique du Fort tenue par ses propriétaires
Une video du fort glanée sur le net


Réalisé à Mazangé - 2001-2013
Dernière mise à jour le 09/05/2013
Styled with Metro UI CSS